LE PIRP AU SERVICE DE L’EDUCATION A LA PAIX : L’ENGAGEMENT DU DESUFOP POUR LA TRANSFORMATION DES PRATIQUES EDUCATIVES DANS LES ECOLES DE L’EEC

Le 1er septembre 2026, vingt-quatre participants, principalement des Conseillers Principaux d’Éducation (CPE) et des Conseillers Assistants d’Éducation (CAE) des établissements scolaires de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC) de la région de l’Ouest, ont pris la direction du Centre Polyvalent de Formation (CPF) de Mbouo-Bandjoun. Ils y étaient réunis autour d’un enjeu essentiel pour la vie scolaire : créer un environnement de bienveillance, d’empathie et de paix en milieu scolaire. Organisée avec l’approbation du Directeur du Département de l’Enseignement Scolaire, Universitaire et de la Formation Professionnelle (DESUFOP), dans le cadre du Programme d’Innovation et de Redynamisation Pédagogique (PIRP), la formation a été coordonnée et facilitée par l’Assistant Exécutif, également Coordonnateur du projet Service Civil pour la Paix (SCP) au DESUFOP. L’objectif était clair : donner aux CPE et aux CAE des outils concrets pour mieux comprendre les conflits, accompagner les élèves et contribuer à l’instauration d’une véritable culture de paix dans les établissements scolaires de l’EEC.

La formation invitait les participants à vivre eux-mêmes les approches qu’ils seraient appelés à reproduire dans leurs établissements. La méditation autour de la fourmi, tirée du livre des Proverbes, a notamment placé les participants devant une valeur fondamentale : prendre l’initiative et agir de manière proactive. Dans une école, la paix ne doit pas être seulement recherchée lorsque le conflit a déjà éclaté ; elle doit être préparée et construite au quotidien.

Cette vision s’est progressivement imposée à travers les différentes activités. L’analyse des conflits, notamment à travers la technique de l’arbre à conflits, a conduit les participants à dépasser les manifestations visibles d’un problème pour en rechercher les véritables racines. Un élève turbulent, agressif ou constamment en difficulté n’est pas nécessairement « un mauvais élève ». Derrière un comportement peut se cacher un besoin non satisfait, une difficulté personnelle, une frustration ou une relation conflictuelle. Le rôle du CPE ou du CAE consiste alors à chercher à comprendre avant de juger.

La technique de l’oignon, qui permet de distinguer les positions, les intérêts et les besoins des parties en conflit, a renforcé cette prise de conscience. Dans une situation conflictuelle, il ne s’agit pas pour le CPE ou CAE de choisir rapidement un camp, mais d’écouter les différentes parties afin de comprendre ce qui se trouve derrière leurs positions. Cette démarche ouvre la voie à des solutions qui prennent en compte les besoins de chacun et favorisent une issue constructive.

À travers la cartographie des conflits, les participants ont également appris à identifier les différents acteurs et les relations qui les unissent. Une meilleure compréhension des personnes impliquées permet d’adapter l’intervention et, surtout, d’agir suffisamment tôt pour empêcher qu’une situation ne dégénère.

Mais l’un des enseignements les plus marquants de la formation a été la découverte que les comportements sont souvent des signes de besoins. Les participants ont exploré les besoins fondamentaux de l’être humain : besoins physiologiques, sécurité, affection et appartenance, estime de soi et accomplissement. Dans le contexte scolaire, reconnaître ces besoins devient essentiel. Un élève qui se sent rejeté, humilié, incompris ou incapable de réussir peut manifester son malaise par des comportements difficiles.

C’est ici que l’écoute attentive prend toute son importance. Écouter un élève ne signifie pas seulement entendre ses paroles. Il faut lui donner l’espace nécessaire pour s’exprimer, éviter de le juger et vérifier que l’on a bien compris son message. Pour les CPE et les CAE, l’écoute devient ainsi un véritable outil de prévention et de résolution des conflits.

La formation a également mis l’accent sur la communication non violente. Les participants ont appris à partir des faits sans jugement, à exprimer leur ressenti, à identifier leur besoin et à formuler une demande constructive. Dans un environnement scolaire où les tensions peuvent rapidement monter, changer sa manière de communiquer peut changer profondément la relation avec les élèves.

La désescalade est venue compléter cet apprentissage. Face à une situation tendue, le CPE ou CAE ne doit pas contribuer à l’escalade par les cris, les accusations ou l’humiliation. Il doit d’abord maîtriser ses propres réactions, rechercher le calme et aider les protagonistes à retrouver un espace favorable au dialogue. La paix extérieure commence ainsi par une certaine maîtrise de soi.

Un autre moment important a porté sur l’établissement des règles scolaires avec les élèves. Plutôt que d’imposer systématiquement les règles, les participants ont découvert l’intérêt de les construire avec ceux qui devront les respecter. Lorsque l’élève participe à leur élaboration, il devient davantage acteur de la vie scolaire et développe un sentiment de responsabilité.

Au fil des échanges, des simulations et des expériences partagées, les participants ont progressivement redéfini leur propre rôle. Le CPE ou le CAE n’est pas seulement celui qui veille à la discipline. Il est aussi conseiller, médiateur, éducateur, guide, motivateur, facilitateur, accompagnateur et artisan de paix. Son action peut contribuer à transformer non seulement les comportements des élèves, mais aussi les relations qui structurent toute la communauté éducative.

À la clôture de la formation, les témoignages des participants ont traduit une véritable prise de conscience. Beaucoup ont reconnu que les enseignements reçus les amenaient à revoir certaines pratiques et à envisager différemment les situations de conflit rencontrées dans leurs établissements. Les engagements exprimés ont montré une volonté de passer de la compréhension à l’action.

La principale leçon de cette formation est donc simple mais profonde : une école de paix ne se construit pas uniquement par des discours sur la paix. Elle se construit par la manière dont les adultes écoutent, communiquent, accompagnent, corrigent et traitent les élèves. Comprendre avant de juger, écouter avant de sanctionner, prévenir avant que le conflit ne s’aggrave et rechercher les besoins derrière les comportements sont autant de gestes qui peuvent transformer la vie scolaire. À travers cette formation, le PIRP réaffirme ainsi que l’éducation à la paix est avant tout une pratique quotidienne. Le véritable défi commence maintenant : faire vivre ces apprentissages dans les établissements de l’EEC afin que chaque CPE, chaque CAE et chaque éducateur puisse contribuer à faire de l’école non seulement un lieu d’apprentissage, mais aussi un espace où les jeunes apprennent à vivre ensemble, à respecter l’autre et à devenir eux-mêmes des artisans de paix.

Rédigé par Beri Tankwa