Le 18 août 2026, les Conseillers Principaux d’Éducation (CPE) et les Conseillers Assistants d’Éducation (CAE) des établissements scolaires de la région du Wouri de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC) se sont réunis au Centre d’Animation, de Formation, de Recherche et d’Appui au Développement (CAFRAD) pour une formation sous le thème : « Créer un environnement de bienveillance, d’empathie et de paix en milieu scolaire ». Le Programme d’Innovation et de Redynamisation Pédagogique (PIRP) du Département de l’Enseignement Scolaire, Universitaire et de la Formation Professionnelle (DESUFOP) s’est engagé dans la formation des responsables scolaires sur l’éducation à la paix et sur une approche pédagogique redynamisée. Vingt participants ont pris part à cette formation, parmi lesquels deux invités, éducateurs à la paix de la Commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP) du Diocèse de Kribi.

Dès les premières heures de la formation, le message était clair : pour transformer l’environnement scolaire, il faut d’abord transformer la manière dont ceux qui accompagnent les apprenants exercent leurresponsabilité. À travers des méditations, des échanges, des exercices pratiques et des mises en situation, les participants ont progressivement été amenés à revisiter leur conception du rôle de CPE et de CAE.
La formation a notamment insisté sur le passage d’une logique de surveillance et de sanction à une posture de conseil, d’écoute, d’accompagnement et de médiation. Le CPE ou le CAE n’est pas simplement celui qui intervient lorsque les règles sont enfreintes. Il est aussi celui qui cherche à comprendre l’apprenant, à l’orienter et à créer les conditions favorables à son épanouissement et à ses apprentissages.
Cette nouvelle posture s’est particulièrement illustrée à travers les techniques d’analyse des conflits. Avec l’arbre à conflits, les participants ont appris à ne pas s’arrêter aux comportements visibles, mais à rechercher les causes profondes des situations conflictuelles. La technique de l’oignon, quant à elle, leur a permis de distinguer les positions, les intérêts et les besoins des différentes parties. Le CPE ou le CAE est ainsi appelé à dépasser la logique du « qui a raison ? » ou « qui a tort ? » pour accompagner les personnes vers une compréhension mutuelle et la recherche de solutions acceptables pour tous. La cartographie des conflits a également montré l’importance d’identifier les différents acteurs, leurs relations et leur influence afin d’intervenir avant que les tensions ne s’aggravent.
Au cœur de cette approche se trouve une idée essentielle : « Tout comportement est l’expression d’un besoin. » Un apprenant violent, triste, souvent absent, en retard ou en difficulté ne doit donc pas être réduit à son comportement. Derrière celui-ci peut se trouver un besoin non satisfait : besoin de sécurité, d’affection, d’appartenance, de reconnaissance, d’estime de soi ou encore d’accomplissement. Comprendre ces besoins nécessite de développer l’écoute attentive, de construire des relations saines et de prendre le temps de connaître les apprenants.
Cette compréhension a également conduit les participants à réfléchir à la communication non violente. Observer les faits sans jugement, exprimer son sentiment, identifier son besoin et formuler une demande claire constituent les quatre étapes présentées. Le langage utilisé par le CPE ou le CAE devient alors un véritable outil éducatif. Encourager plutôt que dévaloriser, questionner plutôt qu’accuser et préciser le comportement attendu plutôt que multiplier les interdictions sont autant de pratiques susceptibles de favoriser un climat scolaire plus apaisé.
La formation a également abordé la désescalade, présentée comme une compétence indispensable dans la gestion quotidienne des tensions. Les interventions immédiates et proactives, les interventions légères et les mesures préventives permettent au CPE et au CAE d’agir suffisamment tôt pour faire baisser les tensions, prévenir les conflits et préserver un environnement propice aux apprentissages.

Une autre dimension importante a été celle de l’autorégulation des apprenants. Il ne s’agit pas seulement de faire respecter des règles imposées, mais d’amener progressivement les élèves à comprendre les raisons de ces règles, à participer à leur élaboration et à prendre conscience des conséquences de leurs comportements. À travers cette démarche, la discipline devient une occasion d’apprentissage et de responsabilisation.
L’exercice autour des souvenirs d’adolescence a renforcé cette réflexion. En partageant leurs propres expériences, les participants ont été amenés à se rappeler que les apprenants ont eux aussi des envies, des intérêts et des comportements liés à leur âge. Ces tendances ne doivent pas systématiquement être réprimées ; elles peuvent être accompagnées, orientées et canalisées vers des activités constructives.
Au terme de la formation, les participants ont été invités à traduire leurs acquis en engagements concrets. Parmi ceux-ci figuraient l’abandon des pratiques violentes telles que le fouet et la mise à genoux, l’adoption du terme « conseiller » plutôt que « surveillant », le développement d’un langage non violent, la multiplication des messages de sensibilisation à la paix et l’affirmation du rôle d’ambassadeur de la paix au sein et au-delà de l’établissement scolaire.
La formation s’est ainsi achevée sur une idée forte : la paix en milieu scolaire ne se construit pas uniquement par des discours, mais par des attitudes et des pratiques quotidiennes. Chaque CPE et chaque CAE est appelé à devenir un acteur de cette transformation, en commençant par sa propre posture, son langage, sa manière d’écouter, de gérer les conflits et d’accompagner les apprenants. À travers cette formation, le PIRP sous l’approbation du DESUFOP réaffirment ainsi leur engagement à promouvoir une école redynamisée où la responsabilisation, l’éducation et la paix se construisent ensemble.
Quelqu’un a dit un jour : « L’empathie, c’est voir avec les yeux de l’autre, écouter avec ses oreilles et ressentir avec son cœur. » Un accompagnateur bienveillant dans le milieu scolaire fait toute la différence dans la vie de ceux qu’il accompagne.
Rédigé par Beri Tankwa