
Le 9 Avril 2026, une délégation du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) s’est rendue au siège du Département de l’Enseignement Scolaire, Universitaire et de la Formation Professionnelle (DESUFOP) de l’Église Evangélique du Cameroun (EEC), situé à Deido, Douala, région du Littoral. La délégation venant de l’Allemagne était composée de 3 représentants principaux, à savoir M. GÖDICKE Konstantin (BMZ, Allemagne), M. HANSCHEN Fabian (PplM, Allemagne) et Mme ARNDT Lena (Engagement Global, Allemagne). Ils étaient accompagnés de Mme DISSELKOTTER Frauke et Mme LONTSI Viviane (SCP AGIAMONDO), Mme CUZON GATCHO Aude (SCP – GIZ) et M. NTUI Oben et Mme FANDIO Florentine (SCP – PplM).
Cette visite s’inscrivait dans la continuité de celle effectuée en Février 2025 par l’organisation « Pain pour le Monde », qui souhaitait disposer d’une appréciation concrète des réalités du terrain, notamment en ce qui concerne les actions de consolidation de la paix menées dans les écoles maternelles et primaires de l’EEC. Depuis 2018, le DESUFOP-EEC, en collaboration avec Pain pour le Monde (PplM) et le Service Civil pour la Paix (SCP), a lancé un Programme d’Innovation et de Redynamisation Pédagogiques (PIRP) visant à promouvoir l’éducation à la paix a travers une approche pédagogique innovante et dynamique dans les écoles maternelles, primaires et, depuis peu, secondaires de l’EEC.
La présence du BMZ, le Jeudi 09 Avril 2026, visait ainsi à s’imprégner du programme d’éducation à la paix mis en œuvre dans les établissements scolaires de l’EEC, ainsi que des modalités pratiques de son déploiement. Il convient de souligner que ces initiatives s’inscrivent dans la mise en œuvre d’objectifs internationaux visant à promouvoir la transformation sociale, à encourager le développement d’un esprit d’empathie et d’unité, et à prévenir les conflits et la violence, en particulier chez les jeunes, à travers l’éducation à la paix au Cameroun.
La visite débute au siège de l’Église Évangélique du Cameroun à Akwa par une séance de travail de la délégation du BMZ avec le Président de l’EEC, le Directeur du DESUFOP, son Assistant Exécutif, ainsi que de l’Inspecteur Régional des établissements de l’EEC pour la région scolaire EEC du Wouri tenue.
Le programme est poursuivi par la descente dans certaines écoles primaires situées à proximité du siège du DESUFOP. À cette occasion, les élèves manifesté un vif intérêt pour la présence des visiteurs, en s’interrogeant sur leur identité, les raisons de leur visite et les objectifs poursuivis. Ils expriment également les préoccupations liées à l’histoire du Cameroun, tout en souhaitant que des phénomènes tels que l’esclavage ne se reproduisent plus. Cet état d’esprit témoigne des effets positifs du travail d’éducation à l’empathie, la non-violence et la consolidation de la paix, mené par les enseignants dans le cadre du Programme d’Innovation, de Redynamisation Pédagogique.
Par la suite, le Directeur du DESUFOP, accompagné de son Assistant Exécutif, ont conduit la délégation du BMZ, ainsi que les autres représentants, au siège du DESUFOP pour une séance d’échanges d’environ trente minutes avec les Directeurs et Directrices d’écoles EEC et quelques enseignants, dans la salle de conférence du département. La rencontre débute par une prière, suivie d’une présentation des participants. Parmi nombreuses questions, la délégation du BMZ, demandent à savoir comment les enseignants et les responsables d’établissements perçoivent et mettent en œuvre le concept d’éducation à la paix dans leurs différentes écoles. À ce propos, un enseignant, déplacé interne (DI) (originaire du Sud-Ouest), partage son expérience personnelle, marquée par les conséquences de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il souligne l’importance du dialogue, de la modération dans le discours et de la paix intérieure comme préalables indispensables à la transmission effective des valeurs de paix. Il conclut en affirmant qu’il est illusoire de vouloir combattre la violence par la violence. Les responsables scolaires relèvent que l’application de ces principes au sein des relations professionnelles entre collègues — notamment la communication non violente, la tolérance, l’écoute active et la prise en compte des besoins d’autrui — favorise une transformation positive des comportements. Celle-ci se traduit par une amélioration des relations interpersonnelles et renforce l’engagement des enseignants dans leur travail, au bénéfice des élèves et de l’environnement scolaire.
Une question posée à savoir les mécanismes de solidarité et de collaboration entre responsables scolaires, dans la mesure où l’éducation à la paix, constitue une culture à promouvoir au quotidien, suscite les réponses spontanées et convergentes : ils privilégient la compréhension mutuelle, le dialogue, proscrivent les propos injurieux, font preuve de retenue, favorisent les questions aux suppositions et s’abstiennent de toute réaction violente, tout en cultivant une attitude d’acceptation réciproque.
L’une des participantes indique avoir mis en place, au sein de son établissement, un dispositif de dialogue interne autour des situations problématiques, reposant sur une série de questions structurées : quel incident s’est produit ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Comment y remédier ? Et quelles dispositions adopter pour éviter sa répétition ? Selon elle, cette démarche contribue significativement au maintien d’un climat de paix au sein de l’école.
Ensuite, une question centrale portait sur ce qui distingue les pratiques pédagogiques des écoles de l’EEC de celles des autres établissements. Il a été relevé, en premier lieu, que des tâches sont confiées aux élèves, lesquels sont amenés à produire eux-mêmes la synthèse de leurs leçons, contrairement à une approche plus magistrale où l’enseignant assure principalement la restitution des contenus. En deuxième lieu, l’organisation des élèves en groupes favorise la collaboration entre élèves de niveaux différents, associant élèves performants et élèves en difficulté, contrairement aux dispositions frontales de type conférence observées dans d’autres contextes scolaires. Enfin, les responsables scolaires impliquent les parents d’élèves afin de renforcer leur engagement dans la promotion de la culture de la paix. À cet égard, plusieurs retours positifs ont été enregistrés, certains parents ayant constaté des changements notables dans le comportement de leurs enfants à la maison.
La délégation cherche également à comprendre les facteurs ayant motivé l’adhésion des enseignants à ce nouveau concept d’enseignement. Plusieurs avantages ont été mis en évidence : ce modèle facilite, pour certains enseignants, la mise en œuvre de leurs activités dans la mesure où les élèves sont davantage acteurs de leurs leçons à travers la réalisation des tâches ; le travail en groupes mixtes permet aux élèves en difficulté de progresser grâce à l’entraide ; les apprenants s’expriment plus librement et plus fréquemment ; des comparaisons entre classes et établissements permettent d’identifier des axes d’amélioration ; enfin, les enseignants se disent davantage motivés, en raison des résultats observés et des retours des parents.
Interrogés sur l’influence de cette approche sur les familles, les participants relèvent que, les élèves passant une grande partie de leur temps à l’école, cette nouvelle culture pédagogique est perceptible à la maison, certains enfants allant jusqu’à rappeler ou corriger leurs parents dans une logique de leçons partagées.
À l’issue de ces échanges, l’Assistant Exécutif exprime ses remerciements à la délégation pour la visite, soulignant que le programme en est encore à ses débuts, mais qu’il connaîtra des améliorations progressives au fur et à mesure de sa mise en œuvre et de sa diffusion à travers les responsables scolaires. La rencontre s’est achevée dans un climat de convivialité et de cordialité.
Dans un feedback, M. GÖDICKE Konstantin de BMZ, souligne l’importance d’agir dès le plus jeune âge, notamment auprès des enfants désireux de construire leur avenir. À l’issue de sa visite, il a adressé un message de remerciement, appréciant la compréhension approfondie de la dynamique du conflit, des défis rencontrés, ainsi que l’engagement du DESUFOP-EEC et d’autre organisation SCP en faveur de la paix au Cameroun, ainsi que les premiers résultats visibles sur le terrain. Il a également réaffirmé sa volonté de soutenir durablement les initiatives locales de paix, de renforcer la société civile et de diffuser les leçons tirées des initiatives de paix par l’éducation et d’autres moyens créatifs.
Comme le dit le proverbe, « le succès est la somme de petits efforts répétés chaque jour » : c’est ainsi que la paix peut renaître.